Culture
Histoire de la République dominicaine
Cinq siècles tiennent dans ce pays : la première ville européenne des Amériques, une indépendance arrachée non pas à l'Espagne mais à Haïti, deux occupations américaines et trente et un ans de dictature. Voici le fil chronologique, sans le vernis des brochures, et les endroits où chaque épisode reste lisible aujourd'hui.
Avant 1492 : les cacicats taïnos
L'île que ses habitants appelaient Quisqueya, Bohío ou Haïti était peuplée d'Arawaks venus des Petites Antilles et, plus loin, du bassin de l'Orénoque. Ces Taïnos vivaient de manioc, de pêche et de maïs, organisés en cacicats — des chefferies dirigées par un cacique. Les noms de Caonabo, de la cacica Anacaona et d'Enriquillo, dernier chef en révolte dans la sierra de Bahoruco, sont restés dans la toponymie et sur les billets de banque. En quelques décennies, le travail forcé dans les placers d'or, la famine et la variole ont fait disparaître cette population : c'est un effondrement démographique, pas une lente assimilation. Le détail sur le peuple taïno.
1492-1821 : la première colonie espagnole des Amériques
Christophe Colomb atteint l'île en décembre 1492, y perd la Santa María et fonde La Isabela en 1493 sur la côte nord, près de l'actuelle Luperón. Le site est vite abandonné pour la rive de l'Ozama, où Saint-Domingue est établie en 1496 : première ville européenne durable du continent, dotée de la première cathédrale — la primatiale, achevée en 1540 — de la première université et de la première rue pavée.
Puis l'or s'épuise et l'empire se déplace vers le Mexique et le Pérou. L'île devient une périphérie pauvre, vivant de bétail et de contrebande. Les « dévastations » ordonnées en 1605-1606 vident le nord-ouest de ses habitants et laissent le champ libre aux flibustiers puis aux Français, qui obtiennent officiellement l'ouest de l'île en 1697 — la future Haïti. En 1795, l'Espagne cède même sa partie à la France par le traité de Bâle.
1822-1865 : Haïti, indépendance, Restauration
De 1822 à 1844, l'île entière est gouvernée depuis Port-au-Prince. Cette occupation haïtienne abolit définitivement l'esclavage, mais impose la langue, le service militaire et de lourdes réquisitions. Le 27 février 1844, Juan Pablo Duarte et la société secrète des Trinitarios proclament l'indépendance à la porte du Comte, à Saint-Domingue. La fête nationale dominicaine célèbre donc une séparation d'avec Haïti : c'est une clé pour comprendre les crispations frontalières actuelles.
La jeune république, endettée et menacée, se rattache volontairement à l'Espagne en 1861. La guerre de la Restauration, de 1863 à 1865, partie du nord-ouest près de Dajabón, rend le pays à lui-même. D'où deux dates fondatrices et deux monuments dans chaque ville.
1916-1961 : occupation américaine et dictature de Trujillo
Les États-Unis occupent le pays de 1916 à 1924, réorganisent les douanes, tracent des routes et créent une garde nationale. C'est de cette garde que sort Rafael Leónidas Trujillo, au pouvoir de 1930 à 1961. Trente et un ans de régime policier, de culte de la personnalité — la capitale est rebaptisée Ciudad Trujillo — et d'accaparement d'une part énorme de l'économie. En octobre 1937, sur ordre du régime, plusieurs milliers d'Haïtiens et de Dominicains d'ascendance haïtienne sont massacrés à la machette dans la zone frontalière : le « massacre du Persil ». Le 25 novembre 1960, les sœurs Mirabal, opposantes, sont assassinées ; la date est devenue journée internationale contre les violences faites aux femmes. Trujillo est abattu le 30 mai 1961.
1961 à aujourd'hui
Suivent une guerre civile en avril 1965 et une seconde intervention militaire américaine, puis douze ans de présidence autoritaire de Joaquín Balaguer. La démocratisation s'installe à partir de 1978, avec la première alternance par les urnes. Depuis les années 1980, l'économie a basculé du sucre vers le tourisme, les zones franches et les transferts de la diaspora — ce qui explique la géographie des resorts de Punta Cana autant que l'exode rural vers Santiago.
Où voir cette histoire sur le terrain
- La Zone coloniale de Saint-Domingue : cathédrale primatiale, Alcázar de Colón, Calle Las Damas, forteresse Ozama. Tout tient à pied en une journée.
- La forteresse San Felipe et le musée de l'Ambre à Puerto Plata, pour le XVIe siècle défensif et le commerce du nord.
- Les anciens ingenios sucriers et le stade de San Pedro de Macorís, mémoire des vagues de migrants antillais du début du XXe siècle.
- Le Monument aux héros de la Restauration à Santiago, construit à la gloire de Trujillo puis rebaptisé après sa mort.
- Depuis l'est, la journée Saint-Domingue depuis Punta Cana reste le moyen le plus simple de voir la vieille ville sans changer d'hôtel.
Combien coûtent les visites historiques en 2026
| Prestation | Fourchette 2026 |
|---|---|
| Musées et maisons historiques de la Zone coloniale | 100 à 300 DOP par personne |
| Cathédrale primatiale (participation, audioguide) | 100 à 300 DOP |
| Guide accrédité, à l'heure, à convenir avant de partir | 10 à 20 US$ de l'heure pour le groupe |
| Excursion Saint-Domingue depuis Punta Cana, transport inclus | 70 à 120 US$ |
Ces montants sont des ordres de grandeur : les tarifs d'entrée sont réévalués régulièrement et se paient souvent en pesos uniquement. Les guides qui vous abordent devant la cathédrale ne sont pas tous accrédités ; fixez le prix et la durée avant de commencer, comme le rappelle notre page sur les arnaques courantes.
Pour aller plus loin
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